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Le CIC : Les malades au cœur de la recherche

Le Centre d’investigation clinique des Quinze-Vingts est un lieu stratégique pour l’Institut de la Vision. C’est là que seront testées sur l’homme les thérapies de demain. Visite guidée…

Dans leur lutte contre les maladies oculaires, les chercheurs et médecins ne peuvent rien sans la collaboration des malades. Leur implication est en effet nécessaire pour que de nouveaux moyens diagnostiques et de nouveaux traitements soient évalués, au terme d’une longue et rigoureuse démarche menée aux niveaux cellulaire, tissulaire et chez l’animal, afin de valider l’apport et de vérifier l’innocuité des innovations. C’est pourquoi l’Institut de la Vision associe étroitement recherche expérimentale sur des cellules et des animaux, et études réalisées chez des patients – ce que l’on appelle la « recherche clinique ». Ses chercheurs sont d’ailleurs souvent des ophtalmologistes ou travaillent de près avec des médecins, le point convergent de ces collaborations étant le Centre d’investigation clinique (CIC) situé au quatrième étage du bâtiment clinique que jouxte l’Institut, sur le site du Centre Hospitalier National d’Ophtalmologie des Quinze-Vingts.

Une telle « interface » est à double sens : si le questionnement est initié par la confrontation des cliniciens aux questions et impasses cliniques, la recherche expérimentale éclaire les mécanismes en jeu dans les maladies humaines et tente d’élaborer des solutions ; inversement, l’étude de pathologies chez les patients valide ou non les observations expérimentales jugées les plus solides et soulève de nouvelles questions que l’on peut explorer en laboratoire, « à la paillasse ». Un va-et-vient crucial pour progresser dans la mise au point de thérapies, car la réponse espérée viendra seulement de la démonstration du bénéfice pour les patients. De fait, les essais cliniques de phase I à III vont tester l’innocuité et l’efficacité selon des procédures très formalisées destinées à protéger les patients.

Qui consulte au CIC ?
Les patients qui consultent au CIC ou qui participent à des essais cliniques (de phase I à III essentiellement) viennent de toute la France, et parfois de l’étranger. Ils y sont adressés par leurs médecins de ville, par d’autres services des Quinze-Vingts, des services d’ophtalmologie d’autres hôpitaux, notamment l’hôpital Lariboisière, ou par des centres ophtalmologiques en particulier la Fondation Rothschild (Paris), hôpital privé participant au service public qui s’implique fortement dans une stratégie d’innovation.. L’accueil des patients est effectué sous la responsabilité d’Elisabeth Lelandais, infirmière de recherche clinique (ARC), à raison de quatre à huit patients par jour environ, selon la complexité des études.

L’assurance qualité
Le rôle de l’assurance qualité (AQ) est « de garantir la sécurité des patients qui se prêtent aux recherches biomédicales et d’assurer la crédibilité des données issues de ces recherches et leur reconnaissance par la communauté médicale et scientifique ». Pour assurer ses missions, la responsable AQ du CIC, Dominique Santiard-Baron, conseillée par le Dr Philippe Chaumet-Riffaud, veille à la préparation, à la mise en œuvre et à la révision régulière par un groupe de travail interdisciplinaire d’une vingtaine de procédures standardisées. Ces procédures doivent tenir compte de tous les aspects légaux, réglementaires et éthiques en vigueur ainsi que de leur évolution. Cette rigueur est aussi une garantie scientifique qui permet d’assurer que les essais cliniques effectués dans un cadre multicentrique sont de qualité internationale. Le CIC des XV-XX fait ainsi partie du réseau européen de sites d’excellence cliniques de l’Institut européen de la vision (EVI), EVI.CT.SE (European Vision Institute. Clinical Trials. Sites of Excellence) dont José-Alain Sahel coordonne le réseau de Centres sur la Rétine.

Inauguré en 2005, le CIC des Quinze-Vingts, s’est consacré originellement à l’étude des maladies de la rétine (dégénérescence maculaire liée à l’âge, rétinopathies pigmentaires, rétinopathie due au diabète…). Il abrite ainsi depuis 2005 le Centre de référence des dystrophies rétiniennes héréditaires, un centre national de référence sur les « maladies rares » labellisé pour cinq ans renouvelables par l’Etat, et coordonné par José-Alain Sahel, médecin coordonnateur du CIC, auquel sont associés Eric Souied (Clinique ophtalmologique universitaire de Créteil, dont l’équipe de recherche expérimentale intègre l’Institut de la Vision) et Josseline Kaplan (hôpital Necker-Enfants malades).

Aujourd’hui, le CIC est devenu un des premiers centres mondiaux de diagnostic, d’étude et de traitement des dégénérescences rétiniennes. Cependant, il a vocation à s’adresser à tous les domaines de l’ophtalmologie, explique le Dr Saddek Mohand-Said, médecin délégué du CIC, en charge de son fonctionnement et du suivi des études cliniques, et par ailleurs spécialiste des greffes de rétine. Le tout en combinant les techniques et les approches scientifiques : explorations ophtalmologiques (voir ci-dessous), génétique et génotypage, et innovations interdisciplinaires : imagerie à haute résolution par optique adaptative (« projet œil »), implants rétiniens (« rétine artificielle »), dispositifs de stimulation linguale à des fins de suppléance sensorielle, assistance pour l’accès à l’Internet et aux informations numériques

Fond d'oeil montrant une dystrophie rétinienne

Fond d’œil montrant une dystrophie rétinienne
© Institut de la vision

Le centre travaille donc à investir l’ensemble des pathologies de la vision depuis la recherche et développement jusqu’aux essais cliniques : rétinopathies, troubles vasculaires, mais aussi glaucomes, pathologies de la cornée et du cristallin, etc. La capacité de développement de ces axes est considérable du fait de l’expertise clinique présente au CHNO des Quinze-Vingts sur ces pathologies. En effet dans le domaine des pathologies de la cornée et de leur thérapie cellulaire, l’expertise du service du Pr Laroche et du Pr Borderie (dont l’équipe de recherche intègre l’Institut de la Vision) en fait le premier centre de greffes. Le centre du glaucome, créé grâce au soutien du Lions Club par le Pr Hamard et dirigé aujourd’hui par le Pr Nordmann prodigue à de très nombreux patients des soins hautement spécialisés, grâce à un plateau technique unique et aux expertises de praticiens réputés. Pour les pathologies de la surface oculaire comme l’œil sec, le Pr Baudouin et son équipe clinique (Dr Labbe) et expérimentale (Dr Brignole-Baudouin, Pr Warnet) proposent les approches diagnostiques, pharmacologiques et toxicologiques les plus innovantes (voir fiche…). De très nombreux essais cliniques sont menés quotidiennement sur ces pathologies au CHNO.

Les explorations ophtalmologiques
Une grande variété de tests fonctionnels permettent d’explorer les performances de l’œil : tests d’acuité visuelle, du champ visuel, de la vision des couleurs, de la sensibilité aux contrastes, mesure de l’adaptation à l’obscurité, électrophysiologie, électrorétinographie, angiographie. Ces tests sont complétés par divers procédés d’imagerie : rétinographie couleur (photos du fond d’œil), ophtalmoscope à balayage laser (SLO), tomographie en cohérence optique (OCT), « analyseur des vaisseaux rétiniens » (Retinal Vessel Analyser, RVA), etc. Ce « plateau technique » du CIC a été acquis grâce à des financements de l’Association française contre les myopathies (AFM), de la Fondation pour la recherche médicale (FRM), du Centre National d’Ophtalmologie des Quinze-Vingts et du ministère de la recherche. U plateau important est aussi fonctionnel à l’hôpital Lariboisère (Pr Gaudric et Massin, Dr Tadayoni) et à la Fondation Rothschild (service d’explorations / service du Pr Sahel) qui renforce considérablement la puissance de la fédération Rétine pour conduire et valider l’innovation.

Les quatre grands axes thématiques du CIC :

IMAGERIE

  • Imagerie oculaire

  • Imagerie fonctionnelle des voies visuelles

THERAPEUTIQUE

  • Thérapie cellulaire

  • Pharmacocinétique

  • Médications du glaucome

  • Pharmaco-toxicologie et biomatériaux

RETINE

  • Rétinopathie diabétique

  • Pathologies vasculaires (occlusions veineuses rétiniennes)

  • Dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA)

  • Dystrophies rétiniennes d’origine génétique

  • Innovation chirurgicale (transplantation de rétine)

EVALUATION DU HANDICAP ET TECHNOLOGIES D’ASSISTANCE

  • Substitution (suppléance) sensorielle

  • Accessibilité aux informations numériques

  • Prothèses rétiniennes (rétine artificielle)

  • Double handicap sensoriel (surdité-vision, ex. : syndrome de Usher

Cette combinaison d’approches est essentielle pour dépeindre le plus précisément possible chaque patient et sa pathologie, du point de vue génétique (est-il porteur de mutations ou de variations génétiques particulières ?), anatomique et physiologique (quel est le degré de dysfonctionnement de sa rétine ? le stade d’inflammation de sa cornée ?…) et fonctionnel (âge de début des symptômes, acuité visuelle, vision des couleurs…). Chaque essai clinique peut être ainsi mené en pleine connaissance des caractéristiques des patients qui y participent ; si la réponse au traitement est variable, on peut alors la mettre en relation avec ces informations et déterminer éventuellement ceux qui seront les plus à même de bénéficier de l’essai clinique et …de la nouvelle thérapie, une fois celle-ci au point.

Le financement du CIC est assuré par la Direction de l’Hospitalisation et de l’Organisation des soins, l’Inserm, la Fondation pour la Recherche Médicale (FRM), des partenariats avec l’Assistance publique des hôpitaux de Paris (AP-HP), et par les industriels lorsque les études cliniques portent sur l’un de leurs produits. Le CIC a ainsi passé des accords de collaboration avec des firmes majeures impliquées en ophtalmologie, telles que Novartis, Lilly, Alcon, Pfizer ou Allergan.

Pour en savoir plus :

J.J. Perrier

Dernière mise à jour : 7 février 2008
  1. Fondation Voir et Entendre - Aide
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