L’Institut de la Vision : une certaine vision de l’avenir

Des cinq sens, la vue est certainement, chez l’homme, celui qui est le plus sollicité. Le langage est riche d’expressions qui traduisent cette importance, notamment les liens étroits de la vision avec les choses de l’esprit. Il est souvent rapporté que si l’audition est essentielle à la relation à l’autre, la vision est indispensable à notre relation au monde.

Les pathologies oculaires : un fléau mondial

Malheureusement, ce sens primordial est fragile. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les altérations graves de la vue tendent même à augmenter dans le monde, essentiellement en raison de l’allongement de la durée de la vie, et pourraient doubler en nombre de cas annuels d’ici 2030. Plus de 90 % des handicapés visuels vivent dans les pays pauvres, les premières causes de cécité y étant la cataracte (opacification du cristallin), le glaucome (caractérisé par la destruction du nerf optique) et les infections oculaires (trachome, onchocercose…). Dans les pays en développement, près de 30 millions de personnes seraient aveugles, dont 1,5 million d’enfants de moins de quinze ans.

Causes de cécité dans le monde en proportion du total des cécités (2002) - Sources OMS

Causes de cécité dans le monde en proportion du total des cécités (2002) Sources : OMS / State of the World’s Sight, VISION 2020 : Right to Sight, 1999-2005

Dans les pays industrialisés, en revanche, ce sont les dégénérescences maculaires liées à l’âge (DMLA), qui représentent la principale cause de cécité. Elles affectent 10 % de la population de plus de 50 ans et 25 % des personnes de plus de 80 ans – soit au total 25 à 30 millions de personnes dans le monde, plus de 2,5 millions de personnes en Europe –, et rendent quasi aveugles 500 000 personnes chaque année.

Chez les moins de 65 ans, la rétinopathie diabétique est la première cause de cécité (1 000 personnes par an en France). Or, elle devrait gagner en fréquence en raison de l’épidémie mondiale de diabète de type 2. Plusieurs dizaines d’autres atteintes de la rétine, d’origine génétique pour la plupart, les rétinopathies pigmentaires, peuvent rendre aveugles, notamment dès le plus jeune âge ; maladies rares, elles frapperaient environ 25 000 personnes en France, tout au long de leur existence. Source de perturbations de la vie quotidienne, le syndrome de l’« œil sec », caractérisé par des sensations d’irritations ou de brûlures, semble également de plus en plus fréquent dans les pays industrialisés, sous l’influence du vieillissement, du diabète et de la pollution de l’air.

Organiser la lutte

Que faire face à ces divers fléaux ? Prévenir, pour commencer ! L’OMS estime que 75 % des cas de cécité dans le monde pourraient être évités. Ainsi, en Europe, on sait prendre en charge le glaucome et la rétinopathie diabétique si les signes de ces maladies sont détectés suffisamment tôt grâce à un « fond d’œil » (de l’importance d’une visite régulière chez l’ophtalmologiste !). Dans la plupart des cas, cependant, l’absence de solution efficace est criante et la progression de la maladie inexorable. Les associations de patients, au côté des médecins, ont joué un rôle important dans cette prise de conscience, à l’instar de la Fédération des Aveugles et Handicapés Visuels de France (FAF), de Retina France, de l’association Valentin Haüy ou de BrailleNet. Tous s’accordent à affirmer qu’il est urgent de progresser dans la mise au point de nouveaux traitements préventifs et curatifs.

C’est là l’objectif premier de l’Institut de la Vision. Cette nouvelle structure de recherche biomédicale, installée sur le site du Centre Hospitalier National d’Ophtalmologie (CHNO) des Quinze-Vingts, à Paris, bénéficie des compétences rassemblées d’une quinzaine d’équipes de spécialistes parmi les plus reconnues dans le monde. L’équipe fondatrice du laboratoire « Physiopathologie cellulaire et moléculaire de la rétine » a ainsi reçu plusieurs prix nationaux et internationaux récompensant en particulier la découverte, entièrement conduite au sein de ce laboratoire, d’un facteur de survie des cellules à cônes de la rétine, le RdCVF, mais aussi les recherches sur la rétine artificielle.

L’équipe fondatrice de l’Institut de la Vision
L’équipe du laboratoire « Physiopathologie cellulaire et moléculaire de la rétine », dirigé à Strasbourg puis à l’hôpital Saint-Antoine par le Pr José-Alain Sahel, a coordonné le Programme National de Recherches sur la Vision, en 2005 et 2006, et coordonne actuellement le Programme National de Recherche sur les Organes Sensoriels (PNROS) dans l’idée de rapprocher les recherches portant sur la vision de celles qui sont consacrées à d’autres déficits sensoriels, notamment l’audition. Clinicien chef de service au CHNO des Quinze-Vingts et à la Fondation Rothschild, professeur à l’Institut d’Ophtalmologie de Londres University College London, responsable du centre d’investigation clinique en ophtalmologie créé en 2005 aux Quinze-Vingts, membre de l’Académie des Sciences de l’Institut de France et de l’Académie Internationale d’Ophtalmologie, le Pr Sahel dirige aussi l’un des centres nationaux de référence « Maladies Rares », consacré aux dystrophies rétiniennes héréditaires, ainsi que l’Institut Carnot « Voir et Entendre » (voir ci-dessous) et la Fondation de coopération Scientifique « Voir et Entendre », créée le 3 mai 2007 par décret du Premier Ministre, et coordonne le projet européen EVI-GENORET (génomique fonctionnelle de la rétine), le plus large jamais financé sur la vision.

Les Instituts Carnot
Les « Instituts Carnot » ont pour objectifs de favoriser le transfert de technologie, le partenariat entre laboratoires publics et entreprises et le développement de l’innovation sur le modèle des instituts Fraunhofer allemands. Pour cela, ils reçoivent de l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) une subvention calculée en fonction des contrats de recherche effectuée en partenariat avec la secteur privé. Le label Carnot leur est attribué pour une période renouvelable de quatre ans. Dans le cas de l’Institut Carnot Voir et Entendre, les fonds obtenus sont gérés par la Fondation Voir et Entendre et doivent être majoritairement utilisés dans des projets à fort potentiel de transfert technologique.

Les malades au centre de la recherche

Face au drame vécu par les malades et leurs familles, l’Institut de la Vision se devait de placer leurs préoccupations au centre de ses recherches, à commencer par la mise au point de thérapies efficaces. Qui dit traitement efficace dit identification des causes exactes d’une pathologie et, de là, invention puis développement d’un moyen d’agir sur ces causes. L’Institut a donc été pensé pour organiser un transfert rapide des résultats de la recherche fondamentale concernant les « mécanismes » des pathologies vers les essais cliniques et le développement industriel de solutions thérapeutiques ou d’assistance au handicap visuel.

D’une part, les thématiques abordées par l’Institut couvrent quasiment tout le champ de l’ophtalmologie, depuis la recherche des molécules et des événements cellulaires en cause dans des déficits visuels jusqu’à l’évaluation de méthodes ou molécules thérapeutiques, en passant par les explorations fondamentales du fonctionnement de la vision et du développement du système visuel chez l’embryon et chez l’enfant. Tous les axes diagnostiques et thérapeutiques modernes y sont explorés : systèmes d’imagerie à haute résolution, médicaments innovants, nouvelles formulations de médicaments déjà sur le marché, thérapie génique, thérapie cellulaire (cellules souches, greffe de rétine, transplantation de photorécepteurs), rétine artificielle, systèmes d’assistance robotisés.

D’autre part, l’organisation interne de l’Institut et ses sources de financement (par exemple via l’Institut Carnot Voir et Entendre) associent étroitement scientifiques, médecins (ceux-ci étant eux-mêmes souvent chercheurs), notamment au sein du Centre d’investigation clinique du CHNO, patients (avec la participation d’associations) et entreprises susceptibles de mener à bien les premières étapes du développement de produits thérapeutiques ou d’assistance, dans le cadre de partenariats pluriannuels. Le tout s’appuie sur des « plateaux techniques » diversifiés et, pour certains, totalement nouveaux, grâce auxquels l’œil peut être analysé sous toutes ses facettes, chez l’animal comme chez l’homme, et sur des collaborations régionales, nationales et internationales avec des laboratoires et services hospitaliers.

Dernière mise à jour : 27 février 2008
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